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Du chemin de vie kâpunâ

Publié le par Johann Pouyé

                  

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A mes oncles, à ma mère , aux utérins,


DU CHEMIN DE VIE KAPUNA

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Au pied des collines surplombant leur "wâo",

Face aux souffles des vents d'est modestes ,

Dansent en duo les palmes et les pics de "nû ma waapwi",

Comme des drapeaux portant les blasons de leur clan,

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Et dans le sillage laissé par le cordon originel,

Coule jour après jour la sève de leur "pwâroo",

Marquant de son ocre tanin l'histoire de mon "ao",

Estampillant les pierres du lit que je suis des leurs,

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Et avec leurs paroles bonifiantes et vivifiantes,

Eternelles de jour en jour pour s'abreuver,

J'épanche en silence sous le soleil de l'existence,

Les veines assoiffées des méandres de ma conscience.

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Le jour venu ils monteront au pied de la source,

Lèveront au son des acquiescements du discours utérin,

Le "waadjitii" enroulé des étoffes à prendre en relais,

Pour perpétuer, témoigner, partager et faire grandir,

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Notre identité, nos valeurs et notre culture .... Nimbwè.

 

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Pouyé Johann

Grenoble, le samedi 18 octobre 2008

 

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Note:

Les oncles maternels représentent beaucoup dans le schéma existentiel des kâpunâ. J'ai grandi avec cette "symbolique" forte. Lorsque je me place dans la logique de pensée associée à cette symbolique, les utérins constituent les garants de mon existence.

Ils représentent le cordon de la vie, ce lien qui nous ramènera un jour à la terre, mais aussi le tronc de cocotier sur lequel nous nous reposons comme un de leurs fruits : "une noix de coco qui tombe au pied de l'arbre, qui prend racine et qui donnera aussi des fruits ; et non pas une noix de coco qui tombe à l'eau, se retrouve à la mer et qui ne repoussera jamais" disait Jean-Marie Tjibaou.

En filigrane de cet écrit, il y a aussi d'évoqué l'importance de la femme, l'importance de celle qui nous rallie à tous les membres et à tous les alliés du clan des utérins ; c'est dire toute l'importance chez les kâpunâ de la femme, laquelle nous donna un beau jour la vie.

Ici c'est sous forme de poème que j'essaye de prendre la mesure de toute la symbolique des utérins, celle qui nous attribue non seulement la vie mais aussi la prise de conscience que je suis un kâpunâ, un kâpunâ appartenant à un clan, un kâpunâ avec un totem.
Kiki Karé de la tribu de Coula - Houailou à sa manière très forte et si simple le disait ainsi : "SI Y'A PAS TOI, Y'A PAS MOI".

  

Petit glossaire des mots susmentionnés en païcï :

Kâpunâ : Désigne les femmes et les hommes, les autochtones de la Nouvelle-Calédonie.


Wâo : A mon sens, ce terme s'utilise aussi bien pour la notion de clan en soi, mais aussi pour désigner la case, ou le tertre auquel se rattache une famille, un clan. Ici tertre : au sens foncier, au-delà de la seule bosse laissée par d'anciennes cases, c'est l'étendue sur laquelle on peut encore non seulement les voir, mais aussi celle que l'on peut désigner à des kilomètres de part la présence de pins auraucarias, d'un rocher, d'une cîme particulière...


Nû mâ waapwi : Le cocotier et le pin auraucaria


Pwâro: Une plante de la variété du coleus (si je ne me trompe pas), que l'on utilise lors de la cérémonie marquant une des premières étapes de notre chemin de vie coutumier.Cette plante est utilisée pour "matérialiser" la parole donnée par les membres du clan utérin à celui du père. Cette parole consiste à signifier et laisser aux bons soins de la famille du père, la vie du nouveau né, portée et donnée grâce à une part d'eux-même : leur soeur, la mère. Cette plante possède certaines vertus thérapeutiques grâce aux principes actifs de sa sève de couleur ôcre.


Ao: Mon grand-père, TEIN. Discret, généreux, humaniste à sa manière. Une référence que je consulte encore en matière de sagesse kâpunâ.


Waadjitii: Communément appelée Cordiline. Le jour des cérémonies du défunt, l'extrêmité d'une cordiline est enroulée dans une étoffe que va tenir face aux familles des utérins celui qui fera le discours des origines et de la lignée des clans. Ce discours est entrecoupé d'acquiecements se manifestant par des sons à la fois graves et sourds qu'émet l'assistance entourant celui qui parle. Le côté solennel de ce discours provoque un certain effet sur nos émotions. Phonétiquement, je ne vois pas quel son peut être donné aux acquiecements. Mais la fin du discours est marqué par un "Nimbwè" de celui qui parle, auquel avec vigueur l'assistance générale réplique par un " Woïï ". La cordiline enroulée est ensuite transmise à un représentant des utérins.

Faire le discours utérin n'est pas donné à n'importe qui. Il faut être initié, d'où le respect que l'on porte à ceux qui connaissent cette pratique du verbe kâpuna.

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Commenter cet article

jrdnabas 28/11/2013 05:51

c tro d'la bal

pakyona 28/11/2013 05:47

c tro du pur

juanita 11/08/2009 08:57

c'est très beau et vrai je le consulte aussi cet homme notre AO Noê  toujours assis sur sa chaise blanche sous la véranda!